GALUCHAT, quelle merveille ! Mais qu’est ce au juste ?
C’est un mystère et pourtant, on sait qu’il existe, qu’il a connu des heures de gloire, fait rêver les collectionneurs, enrichi les gainiers et séduit les cours d’Europe.
Aujourd’hui, le mot galuchat évoque avant tout le mobilier « Art Déco »
 

Dès le XVIIIème siècle, les gainiers parisiens, n’ignoraient rien des ressources techniques et des propriétés décoratives d’une certaine peau de poisson en provenance de la mer rouge, plus particulièrement celle d’un petit requin aujourd’hui appelé, plus communément, roussette. Cette peau est plus dure que la peau de l’animal terrestre et a reçu le nom de l’artisan qui eut l’ingénieuse idée d’appliquer ce produit nouveau à la gainerie :
Monsieur Galluchat, gainier de Louis XV, qui fit rayonner son nom jusqu’à nous et inspira les meubles fous et raffinés aux grands décorateurs des années 1920.


Jean-Claude Galluchat est sans doute né en France à la fin du XVIIème siècle et si le substantif « galuchat » s’écrit aujourd’hui avec un  seul « l », c’est bien par erreur et inadvertance. Il fut le premier à avoir trouvé l’art d’adoucir et de mettre en couleur la peau de roussette et de requin dont on garnit alors les surtouts de montres, boites, étuis et autres objets.
 

Très en vogue au XVIIIème siècle, le galuchat était réputé en Orient dès le XVIIème.
Son histoire, soumise au savoir-faire et aux modes, est une longue succession d’anecdotes et de rebondissements. Ainsi le galuchat, tel le phénix, renaît éternellement de ses cendres.
La mode du galuchat connut son point culminant lorsque Madame Pompadour se laissa séduire ; la marquise incarnait alors le goût du luxe mais aussi la recherche de l’exotisme et des curiosités chères à cette époque.
 

Galuchat Il y a deux galuchats, à gros et à petits grains produits respectivement par la dépouille d’une raie et d’une roussette. Ce sont donc les requins et les raies qui sacrifient leurs parures aux rêves des hommes et aux mains des artisans gainiers, ébénistes ou tapissiers.
La peau de raie ou « chagrin » offre l’avantage d’être antidérapante sans pour autant blesser la main car les écailles sont rondes et d’une très grande solidité. Celle des squales, roussette et « chien de mer », fut également utilisée pour ses fonctions abrasives et servait à gainer les poignées de dagues et d’épées pour les tenir plus sûrement en main.
Ce sont donc deux espèces de poissons bien différentes qui ont servi l’art des artisans pour travailler le galuchat.

On dénombre une centaine de variétés de raies à aiguillon, mais toutes ne présentent pas les mêmes qualités de peau et surtout n’ont pas les trois « perles »  au centre de leur dos. Les grains ronds et demi sphériques n’ont pas les caractéristiques râpeuses de la peau de requin, ce qui permet de l’utiliser brute ou poncée, ce dont les ébénistes des années 20 ont su jouer habilement. Une fois travaillées, ces peaux ressemblent d’ailleurs beaucoup à celle des reptiles et des lézards, et il est parfois difficile de reconnaître au premier coup d’œil la peau de roussette d’un cuir façon chagrin.

Nombres de merveilles furent présentées lors de l’exposition internationale des Arts Décoratifs de Paris en 1925 et après une indéniable défaveur au XIXème siècle, la dernière renaissance du galuchat et le spectaculaire épanouissement que l’on sait survint grâce aux Rousseau, Iribe, Ruhlmann, Groult, Franck, …

 


Aujourd’hui, on visualise plus facilement le galuchat à gros grain, provenant de peaux de raies des mers chaudes de l’Indo-Pacifique qui, une fois polies, mêlent des reflets d’émaux, de nacre, de laque,… Ce galuchat est souvent allié à des matières précieuses comme l’ébène et les bois exotiques, lui conférant ainsi un prestige universel et une touche d’originalité et de préciosité qui fait la valeur du style « Arts Déco ».
La seconde guerre mondiale mit en sourdine le travail des décorateurs des années 20 jusque vers les années 1970-1980 où des antiquaires se spécialisèrent et ouvrirent des boutiques aux somptueuses créations de galuchat, de paille, de parchemin et de bois rares.



Le galuchat n’est pas un matériau inscrit définitivement au répertoire des Arts Décoratifs, il n’a fait qu’entrer et sortir pour apparaître au hasard des modes; hasard, n’est pas le terme approprié car on notera une sorte de logique dans ses apparitions successives, correspondant toujours à des périodes ayant un goût prononcé pour les matériaux rares et précieux.